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Sans cheveux : une histoire vraie où les tifs se tirent, vous laissant la caboche en vrac et l’impression de ne plus être vous-même

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© Drahonovska/Jislova chez Glénat

Attention, coup de coeur venu de République Tchèque: Sans cheveux (Bez vlasů) de Tereza Drahonovska, qui du haut de ses 34 ans raconte sa propre histoire et son malaise,  et la dessinatrice Stepanka Jislova. Une histoire de cancer, comme l’induit le titre et le visuel? Ah non, pas du tout, puisqu’il s’agit ici d’alopécie, cette perte anormale de cheveux et de poils. Bénigne médicalement mais pas tant que ça du point de vue de l’amour qu’on se porte et de la manière dont on ressent le regard de la société. 

© Drahonovska/Jislova chez Glénat

Résumé de Sans cheveux par Glénat : Tereza n’aurait jamais cru qu’un jour elle perdrait la queue de cheval qui lui chatouillait le dos. Mais il faut se rendre à l’évidence, elle devient chauve. La cause : l’alopécie, une maladie auto-immune qui peut survenir pour diverses raisons… Elle va donc devoir faire face à son nouveau look, au sentiment de perte de féminité, au regard des autres et bientôt au choix d’une perruque ! Tereza sait que depuis la nuit des temps les cheveux symbolisent notre rapport au monde, que l’on soit punk, hippie ou bouddhiste, notre coiffure en dit long sur nous-même. Alors avec ce changement, elle change aussi sa façon de percevoir ses relations, son travail et surtout son regard sur elle-même. D’autant que personne n’est capable de lui dire pourquoi ses cheveux tombent… la série d’examens ne donne rien de concluant. Entre faux espoirs, confidences amicales et doutes, Tereza va vivre sa première année sans cheveux avec une bonne dose d’humour et nourrir sa réflexion.

Sans cheveux… Tapez ces deux mots sur la barre de recherche Google et vous tomberez sur toute une série d’articles de sites d’information ou de webzines papier glacé et aimant verser dans le putassier et le superficiel. « Ces femmes belles même sans cheveux. » Des galeries de photos faussement inspirantes sous des titres qui, par le jeu d’ombres, surfent sur le mal-être et la manière dont on se sent mal quand on a quelque chose en moins que les autres. Des cheveux, des sourcils, la barbe et la moustache, les poils sous les aisselles, etc. Si la maladie reste méconnue (d’où ma réaction et ma fausse piste sur le cancer, en début d’article), quelques personnalités ont médiatisé l’accélération de la chute des cheveux ou des poils dont ils sont victimes : le maire du Havre et ancien premier ministre français Édouard Philippe, Jada Pinkett Smith, etc.

© Drahonovska/Jislova chez Glénat

Cette chute subite et importante peut s’expliquer (ou ne pas s’expliquer) selon diverses causes : le stress, l’hérédité, les hormones, une maladie, le vieillissement bien sûr. En tout cas, pour Tereza Drahonovska, ce n’est pas ce dernier qui explique son malheur soudain. Tous les spécialistes lui ont dit « Tout va bien », mais ça n’empêche les globules blancs font la peau à sa toison. Il faut déjà bien tout pour prendre confiance en soi et voilà qu’en quelques jours, quelques semaines, en poignées de cheveux sur le lavabo, il faut s’inventer un nouveau visage, redevenir soi-même alors que la télé et les réseaux ne sont pas les derniers à vous renvoyer l’image cosmétique du cuir parfait. Tereza a tout essayé, des traitements miraculeux aux perruques en passant par un séminaire sur le storytelling et des rencontres qui vont changer sa vie. Mais, que voulez-vous, vous pouvez garnir votre crane de ce que vous voulez tant que ça va mal dans votre caboche…

© Drahonovska/Jislova chez Glénat

Dans ce morceau de vie en noir, blanc et rose, si j’ai mis un peu de temps à m’attacher au dessin de Stepanka Jislova, je me suis vite rendu compte à quel point ses traits simples étaient efficaces et en empathie avec le personnage de la scénariste et héroïne du quotidien. De la moue au retour du sourire, ce récit est bien amené, bien mis en scène, avec des images fortes et d’autres qui s’entrechoquent pour traduire les mille sensations par lesquelles Tereza est passée.

© Drahonovska/Jislova chez Glénat

En nous entraînant dans sa jungle capillaire en voie de désertification, en sursis, Tereza met beaucoup de sentiments et de sensations, de la délicatesse. Elle donne voie à l’empathie et nous met à disposition une mine d’informations sur sa maladie. Si elle a trouvé la paix avec sa tête chauve, nul doute que le chemin qu’elle a accompli pourra servir à d’autres, victimes d’alopécie ou d’autre chose, et qui sait accélérer leur processus non pas de guérison mais de reconquête d’eux-mêmes, pour faire mentir tous ceux qui oseront, dans cette société du paraître, mettre leur grain de sel et vous dire comment vous devez vous coiffer.

© Drahonovska/Jislova chez Glénat

À lire chez Glénat.

© Drahonovska/Jislova chez Glénat
© Drahonovska/Jislova chez Glénat
© Drahonovska/Jislova chez Glénat
© Drahonovska/Jislova chez Glénat
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