Nouveau cycle, nouvelles découvertes et nouvel éditeur! Passé de Dupuis aux Éditions Rue de Sèvres, Seuls n’est plus prépublié dans Spirou et trace sa voie désormais directement en albums. À la barre, Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti entraînent leurs « sur(morts)vivants » au-devant d’une nouvelle menace. De taille, de pierre et invincible.
Résumé du tome 14 de Seuls par les Éditions Rue de Sèvres : Les cinq enfants de Forville se sont enfin retrouvés : Leïla, Dodji, Yvan, Terry et Camille – l’Enfant-Minuit redevenue elle-même grâce aux pouvoirs d’Yvan – mènent un groupe de résistance contre la ville de Néosalem dirigée par Saul, Toussaint et les Conseillers de la Première Famille, bien décidés à étendre leur pouvoir sur les Limbes. Mais chaque minute compte : la résistance doit trouver au plus vite un moyen d’ouvrir les portes du Paradis avant que les Limbes ne soient totalement engloutis par le mal. Dépassés par ces enjeux qui semblent bien au-dessus de leurs moyens, nos héros décident de se concentrer sur une mission : élucider le mystère de la « Nuit des anges », et aider Camille à se souvenir de sa mort, qui semble être la clé de leur salut. Mais pour découvrir ce qui leur est arrivé cette nuit où tous ont perdu la vie, les cinq doivent apprendre à maîtriser leurs pouvoirs et échapper à la redoutable menace que Saul a lancé à leur trousse : un Protecteur, programmé pour traquer sa cible jusqu’à sa Mort Dernière…
De tout temps, on a vu des séries BD passer de leur éditeur historique à « l’ennemi », après plus ou moins longtemps et de tomes, à « l’ennemi ». Ces dernières années, j’avais l’impression que le phénomène s’était calmé (hormis les rééditions d’intégrale et les reprises de séries en fin de course chez des éditeurs plus modestes) mais c’était sans compter quelques mastodontes comme les séries de Midam (qui aime décidément aller voir ailleurs, quitte à ce que cet ailleurs soit un ancien éditeur), Mortelle Adèle ou Seuls. Seuls, c’est, pour chaque tome, un tirage d’au moins 100 000 exemplaires sur lequel Rue de Sèvres a mis la main. Exit Dupuis. « La liberté, c’est précieux« , avait commenté Bruno Gazzotti (par ailleurs toujours aux rennes du dessin de Soda). L’occasion aussi de profiter de l’expertise jeunesse du groupe Rue de Sèvres/École des loisirs, au vu des thématiques explorées dans la série.
Cela dit, nos cinq héros (Terry, Dodji, Leila, Camille et Yvan) sont bien loin de ces considérations éditoriales, ils n’ont pas le temps de lire les contrats et doivent agir dans ce monde d’après. Ils ont découvert qu’ils étaient morts (pour les nouveaux venus, un solide résumé brosse le paysage des treize premiers tomes), que les limbes étaient composés de diverses sociétés en appelant à différentes époques du monde réel. Mais les empereurs romains, qui décident de la vie et de la mort, sont tendance.
Après un cycle qui avait séparé le groupe et poussé chacun dans ses retranchements, voilà donc le temps des retrouvailles. Pas le temps d’en profiter, une nouvelle expédition se met en place, bientôt court-circuité par une Protectrice, puissante guerrière de la Quatrième famille, convoquée par Saul, Toussaint et une plèbe portée à ébullition. Ils veulent la mort, sans transiger, de notre quintet. Une nouvelle course-poursuite s’engage.
Et, j’avoue, peut-être suis-je un peu lassé par cette mécanique, cette fuite inlassable. D’autant que la Protectrice, obstinée et monstrueuse, m’a semblé un peu pataude dans certaines planches, peu charismatique. Trop anecdotique que pour être la menace d’un album entier malgré des scènes d’action qui secoue? Cela dit, il y a une astuce, comme dans les jeux vidéo, si Dodji, Leila et les autres sont déjà morts, ce n’est pas pour autant qu’ils ne peuvent pas remourir, une fois arrivés au bout de leur nombre de vies limité.
Hormis l’aspect routinier de la poursuite, l’intrigue foisonne, ébranlant les contreforts psychologiques des héros toujours en proie au doute tant que tous les mystères de leur mort, de la « nuit des Anges », ne seront pas percés. Puis, il y a ces dilemmes, dans un camp comme dans l’autre, qui prouvent qu’être l’ennemi de quelqu’un n’est pas sans poser des contradictions et des cas de conscience. Des pouvoirs se révèlent chez les uns et les autres, pas toujours contrôlés. Enfin, on peut toujours compter sur les auteurs pour inventer des processus permettant aux « orphelins » de se tenir au courant du monde qu’ils ont quitté et d’agrandir l’univers sans adulte, mais perclus des problèmes et des maux des grands, dans lequel ils ont atterri. Chaque nouvel arrivant amène son cadre de vie et des informations sur les événements qui avaient lieu sur Terre au moment de son décès. Reste à voir si les « Seuls » trouveront comment faire le chemin inverse et entrer en contact avec le monde qu’ils ont laissé. Le lecteur reste avec plein de questions. Dont certaines seront sans doute vite éclairées: le prochain tome, L’hôtel au bord du monde, est prévu pour novembre.
À lire chez Rue de Sèvres.

