Hasard des circonstances, il y a comme une odeur de peste, d’épidémie, dans le paysage du Neuvième Art. C’est de saison et de confinement. Alors que les Stalner père et fils viennent de terminer avec brio leur épopée moyenâgeuse, voilà que la maladie, celle qui cherche un coupable ou une sorcière, est le point de départ de Radcliff, un autre diptyque imaginé par Rodolphe et Laurent Gnoni dans les Cornouailles reculées et pas si lointaines. Un autre monde pourtant. Comme celui que franchit l’insaisissable scénariste avec L’Or du temps.

Résumé de l’éditeur : 1804. Un petit village de Cornouailles battu par les vents et les marées. Buddy a quinze ans. Il n’a ni parents, ni famille. La vieille Bischop qui l’a recueilli l’héberge dans sa maison en haut de la falaise. Mais on la dit sorcière et beaucoup attendent de la voir brûler… Quand le drame survient, Buddy part alors sur les routes en quête du mystère de sa naissance et de sa véritable identité…

C’est dans le voile bleu de l’horreur, de l’angoisse, du froid et du fantastique que commence ce drame visitant différentes strates de la société anglaise, de Greymouth à Radcliff. Laissé à nouveau orphelin par la folie des hommes, Buddy doit quitter la terre qui sent encore le brûlé. Pour s’aiguiller, l’adolescent (déjà forcé d’être un homme avant l’heure) a ses visions lui montrant celui qui pourrait bien être à l’origine de ses soucis : un homme immortel avec une cicatrice. Buddy a aussi une boîte en fer laissée par celle qui l’avait recueilli et vient de périr au cœur des flammes. Condamnée au bûcher parce qu’on la soupçonnait de sorcellerie et que la preuve ultime fut donnée aux villageois à l’arrivée fracassante d’un bateau fantôme sur les côtes de Greymouth, condamné par la peste.

Sur la route de ce monde de brutes, où certaines peuvent tout de même se montrer comme des alliés, Buddy va trouver des bons et des méchants, une prison et des spectres, une cour des miracles anglaises mais surtout un mystère familial infernal dont il se rapproche et qu’il menace. Dans ce récit où l’ambiance joue un rôle important là où, malgré les embûches, la tâche du héros malgré lui est peut-être un peu trop facile, malgré les 64 pages amples données à cette première partie de récit pour s’étaler.

Reste que le mystère est pesant et ne nous lâche pas quand s’alignent les mots « suite et fin dans le tome 2 ». J’attends la confrontation avec impatience. En attendant, le dessin de Laurent Gnoni, jouant sur une palette de couleurs très réduite, fait de l’effet, finalement rond et doux malgré le drame qui se joue au fil des décennies. Dans des paysages qui manient l’enfer avec beauté.

L’or du temps: Paris et Le Louvre sous la marque de Moloch et des aventures au-delà du Nil

Résumé de l’éditeur : Hugo de Reuhman, un historien et égyptologue distingué achète à un libraire parisien un ensemble de lettres écrites par Bernardino Drovetti, ambassadeur de France au Caire et adressées à un ami féru d’antiquités. Il y décrit notamment la découverte d’un tombeau phénicien recélant un sarcophage qui contiendrait la dépouille de Archass-Malik, prêtre de Moloch. De Reuhman mène des recherches concernant le culte de Moloch et ses rites.

Sous une couverture façon Fantomas et Satanas, c’est une porte très ambitieuse qu’enfoncent Rodolphe et Oriol avec plein de bonnes idées. L’or du temps, c’est Indiana Jones en milieu urbain et intellectuel, dans un Louvre dont les mystères sont célébrés et ramenés entre rêves et cauchemars. L’énigmatique Théo met le doigt sur l’intangible en acceptant de recopier, pour son ami richissime, les lettres a priori sans importance d’un Italien passionné d’antiquités. Des lettres qui, depuis qu’elles ont refait leur apparition, mettent le feu aux poudres: des cambrioleurs ne reculent devant rien pour les emporter tandis qu’une obscure créature, masquée et semblant surpuissante aux yeux de ceux qui l’ont rencontré et ont été frappés de stupéfaction (au sens premier du terme).

Tant qu’à parler d’être frappé, on ne peut que l’être sous les coups de couleurs incisifs d’Oriol. Habitué aux univers de peintres (et il y en a ici également), l’auteur aussi intimiste qu’expressionniste est ici tiré vers l’aventure au long cours et aux frontières du réel, avec assez de flou que pour laisser le lecteur spectateur se faire sa propre opinion sur les visages incertains des héros ou des méchants, comme dans les livres sans images. Puis, il y a cette continuité, dans Natures Mortes, Oriol, et son comparse Zidrou, contait le destin d’un peintre qui n’a pas existé mais que le décor et ses aventures contribuaient à le rendre vrai, physique. Dans L’or du temps, ce Paris de la fin des années 1800, la Belle Époque folle et intrigante, a la possibilité de jouer de fantaisie et de clins d’œil.

C’est ainsi que du Hergé, du Gaston Leroux mais aussi du Belphégor, entre autres références à la lisière des univers, se servent de leur force de fiction pour faire force du réel et servir l’histoire proposée par Rodolphe, lui donner des dorures mais aussi des aspérités et des directions bien incertaines mais palpitantes, et questionnant ce à quoi aspire le plus l’Homme parmi tous les trésors possibles et imaginables. Qui sont peut-être des malédictions.


Série : Radcliff
Tome : 1 – Route des nuages
Scénario : Rodolphe
Dessin et couleurs : Laurent Gnoni
Genre : Drame, Fantastique
Éditeur : Robinson
Nbre de pages : 64p.
Prix : 14,99€
Date de sortie : le 25/08/2021
Série : L’or du temps
Tome : Première partie
Scénario : Rodolphe
Dessin et couleurs : Oriol
Genre : Aventure, Fantastique, Policier
Éditeur : Daniel Maghen
Nbre de pages : 72
Prix : 16€
Date de sortie : le 16/09/2021