Porté par une distribution exceptionnelle et un Othmane Moumen magistral, The Elephant Man de Anne Sylvain est un spectacle qui frôle la perfection !

Ce jeudi soir avait lieu dans la grande salle du Théâtre Le Public, la première de The Elephant Man de Anne Sylvain. Pas simple de s’attaquer à une transposition théâtrale de la vie de Joseph Merrick dont David Lynch avait tiré un chef d’oeuvre du 7e art en 1980 et dont beaucoup d’entre nous se sentent encore imprégnés. Pourtant le miracle a bien eu lieu, The Elephant Man est un spectacle qui frôle la perfection !

Londres, 1884. Les parades « monstrueuses » de nains, femmes à barbes, hommes-troncs, sont monnaies courantes et divertissent le public de l’époque. Pour un homme de foire, Joseph Merrick n’est qu’une attraction, un monstre dont l’atroce laideur et les difformités amusent et effraient les curieux en recherche de sensations fortes. Il faut dire que Joseph Merrick est particulièrement repoussant. Une bonne pioche lucrative.

Un jour, l’homme-éléphant croise la route du chirurgien Frederick Treves qui voit immédiatement en lui un cas médical exceptionnel : impitoyable mécanique d’une société qui fait profit de tout et broie pêle-mêle les déshérités, les pas conformes, les inutiles. Car dans l’Angleterre victorienne, la prospérité matérielle est la récompense naturelle de la conformité. Joseph Merrick n’y a pas sa place. ( source : Théâtre Le Public)

Difficile d’exprimer ce qu’on peut ressentir à la vision d’un telle pièce tant les sentiments sont puissants et nombreux.

Dès les premiers instants, on est happé par l’ambiance tamisée, entre ombres et lumières, dans laquelle baignera la pièce de la première à la dernière minute. La mise en scène inventive signée Michel Kacenelenbogen et la scénographie de Noémie Vanheste servent d’écrin magnifique au jeu de comédiens absolument parfaits dans leurs rôles respectifs. C’est rare qu’un casting soit aussi réussi au point que chaque personnage marque le spectateur de son empreinte.

Commençons par les femmes, galanterie oblige…

De Bénédicte Chabot qui joue magnifiquement Amélia la prostituée au dos tatoué délurée et touchante, en passant par Ariane Rousseau impeccable en Ellen Terry l’actrice à l’égo surdimensionné et Jo Deseure qui démontre tout son talent dans le rôle imposant de la reine Victoria, à Anne Sylvain qui s’est réservé le rôle poignant d’Eva Lückes  l’infirmière qui consacrera tout son temps à Merrick, toutes sont absolument formidables d’émotion et de vérité.

Quant aux hommes, outre Yves Claessens qui campe avec une étonnante véracité Tom Norman le forain qui exploitait Merrick , Itsik Elbaz incarne avec tout le talent qu’on lui connait et la force dramatique qu’il peut dégager un Docteur Frederic Treves qui arrache Merrick à son statut de phénomène de foire avant de l’exhiber, lui aussi, en tant qu’objet de curiosité scientifique à l’intelligentsia de l’époque, sans pour autant pouvoir guérir sa maladie.

Persuadé que ce « monstre » ne serait qu’un idiot difforme, il découvre vite le vrai visage de Joseph Merrick qui est celui d’un homme sensible, qui sait lire et écrire, et connait Shakespeare quasi par coeur. Il en devient alors plus humain.

Le charisme naturel d’Elbaz dans ce rôle est évident, et donne une dimension très forte à son personnage.

Mais celui qui appelle encore plus les superlatifs tant sa performance est magistrale c’est Othmane Moumen qui se glisse dans la carcasse difforme de celui que tous appellent The Elephant Man.

 Malgré les prothèses impressionnantes et encombrantes dont il est affublé, il parvient à nous transmettre par son jeu précis et sa voix déformée par les borborygmes, une panoplie d’émotions qu’on n’est pas prêts d’oublier.

Othmane Moumen EST Joseph Merrick, à qui il donne une consistance et une humanité qui n’est pas loin d’égaler la performance inoubliable de John Hurt dans le film de David Lynch. Excusez du peu.

Il n’est donc pas étonnant qu’après un tel spectacle le public ait ovationné longuement toute l’équipe, certains spectateurs dont je faisais partie, n’hésitant pas à se lever portés par l’enthousiasme de l’instant.

Outre une performance de comédiens exceptionnelle, The Elephant Man brille aussi par l’intelligence d’écriture du texte de Anne Sylvain, par ses très beaux décors et costumes, et par sa musique troublante signée Pascal Charpentier.

Dans la pièce, tous les personnages portent en réalité leur propre souffrance que l’aspect repoussant de Joseph Merrick leur renvoie indirectement.

The Elephant Man nous interroge sur notre voyeurisme, et démontre que même exposé à la bourgeoisie londonienne dominante et bien pensante, John Merrick reste toujours en proie à la cruauté des hommes.

Vous l’avez compris, cette pièce est pour moi un véritable coup de coeur, que je ne peux que vous encourager à aller applaudir.

Quand le théâtre atteint ce niveau de qualité, il en devient juste indispensable à la vie !

Jean-Pierre Vanderlinden

THE ELEPHANT MAN

De Anne Sylvain. Librement inspiré de la vie de Joseph Merrick.
Mise en scène : Michel Kacenelenbogen Avec : Bénédicte Chabot, Yves Claessens, Jo Deseure, Itsik Elbaz, Othmane Moumen, Ariane Rousseau et Anne Sylvain

Assistante à la mise en scène : Lou Kacen
Scénographie :
Noémie Vanheste
Décoratrice :
Eugénie Obolensky
Lumière :
Laurent Kaye
Musique originale :
Pascal Charpentier
Costumes :
Chandra Vellut
Assistante costumes :
Chloé Dilasser, Sarah Duvert et Laure Norrenberg
Créatrices des prothèses :
 Bloody Mary’s
Maquillage : 
Patricia Timmermans 
Stagiaire scénographie :
Iseult Brichet
Construction du décor :
Jani Afar 
Régie : 
Rémy Brans et Nicolas Oubraham 

DU 09/05/19 AU 22/06/19 au Théâtre Le Public

Réservationshttp://www.theatrelepublic.be

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